Der Zwerg
Der Zwerg

Cela commence comme un divertissement frivole et charmant, change de registre en cours de route, change même de théâtralité, pour précipiter soudainement en une fin d’une brutalité rare. Cela commence comme un tableau de cour de Velasquez, et finit comme une peinture noire de Goya.
Daniel Jeanneteau
Ce que le nain avait peut-être de plus amusant était la totale inconscience de son aspect grotesque. En vérité, il semblait parfaitement heureux et plein d’entrain. Quand les enfants riraient, il riait aussi franchement, aussi gaiement qu’eux et, à la fin de chaque danse, il leur faisait la plus comique des révérences, souriant et leur adressant des signes de tête, tout comme s’il était vraiment l’un d’entre eux et non ce petit être contrefait que la nature, par quelques facétieux caprice, avait façonné pour servir à autrui d’objet de raillerie.
Oscar Wilde
De la vignette élégante et cruelle d’Oscar Wilde,
Zemlinsky a tiré la matière d’une tragédie fulgurante, transmutant l’ironie désabusée de la fable en une parabole sidérante sur la sincérité et l’amour vrai…
Dans cette œuvre courte aux tons saturés, à la structure asymétrique et subtile, Zemlinsky met en scène le cœur douloureux de son existence, le hiatus invivable qui a séparé toute sa vie la conscience profonde qu’il avait de lui-même et l’apparence extérieure de son être : il était laid, mais doué d’une sensibilité artistique hors du commun ; son seul aspect, pourtant, suffisait à le disqualifier.
Cela commence comme un divertissement frivole et charmant, change de registre en cours de route, change même de théâtralité, pour précipiter soudainement en une fin d’une brutalité rare. Cela commence comme un tableau de cour de Velasquez, et finit comme une peinture noire de Goya. Un sarcasme dur, implacable, nous laissant pantelant.
Pour restituer la pleine force d’une dramaturgie aussi exceptionnelle, il est indispensable, il me semble, de concentrer le travail avec les chanteurs sur la question du corps, de l’affiliation des êtres aux structures sociales par le dressage des corps : l’Infante et les jeunes filles qui l’accompagnent sont éduquées, préparées à paraître dans le grand organigramme de la cour, et, malgré leurs impertinences, elles ne dérogent en rien à l’ordre qu’elles ont pour charge, dès la naissance et selon leur rang, d’incarner ; le Nain est un enfant sauvage, élevé hors de toute éducation, n’ayant subi aucun dressage, à dessein de le conserver dans un état natif et risible : il est un cadeau que l’on s’offre, le miroir dans lequel les dominants peuvent jouir ironiquement de leur humanité, à peine plus qu’un singe.
Rien d’autre n’est vraiment nécessaire pour mettre en scène une telle fable : ce ne sont que des rapports, des distances et des proximités, et l’incandescence d’un cœur que rien n’a préparé au mensonge et à la moquerie.
(Daniel Jeanneteau)
JE NE CONNAIS
aucun compositeur postwagnérien qui a pu satisfaire avec autant de noblesse aux exigences du théâtre “, disait Schönberg de Zemlinsky – pour preuve, Le Nain, brillamment adapté de L’Anniversaire de l’infante d’Oscar Wilde, raconte avec autant de grâce que de violence l’histoire de la brève rencontre entre une princesse cruelle et un nain transfiguré par des sentiments immenses.
(...) l’occasion de présenter cette fable cruelle dans toute son intimité, avec une distribution de chanteurs aussi jeunes que leurs personnages, qui pourront ici donner libre cours à leur puissance dramatique. Parfait dans ses proportions, vif et incandescent, ce Nain a tout d’un géant.
(Texte: Opéra de Lille)
GALLERY

CAST & CREDITS
- Franck Ollu, Conductor
- Daniel Jeanneteau, Stage direction and stage design
- Marie-Christine Soma, Light design
- Olga Karpinsky, Costume design
- Nicolas Chesneau, Vocal coach, assistant conductor
- Olivier Brichet, Stage direction assistant