ICTUS
Dirk Descheemaeker, Philippe Ranallo, Gerrit Nulens, Jean-Luc Plouvier, Tom Pauwels, Igor Semenoff, Géry Cambier

Waits | Weill

Waits | Weill
1999

Tom Waits a écrit deux opéras, dont l’un avec William Burroughs. Opéras de la cour des miracles, traumatiques de bout en bout. Ictus en présente des "arias" de concert, avec le bluesman américo-belge Kris Dane.

Filiation et contraste avec des airs des opéras de Weill, période allemande (mais sans fascination fétichiste pour le «cabaret de Weimar») et période américaine (les vraies oeuvres maudites de Weill : ses injustifiables slows hollywoodiens). Au chant : Judith Vindevogel.

Le bluesman américain y met en perspective le compositeur berlinois : même génie mélodique subtilement assymétrique, même sens du décalage troublant dans l’harmonie, et même façon d’exploiter les trois thèmes de la vocalité populaire : révolte, plainte amoureuse, ivresse. Weill incarne à merveille ce versant de la modernité qui se refuse à reconsidérer les fondations, et se contente de les disposer de travers. C’est une poésie diagonale, elle parle de vies boîteuses et d’amours défaits : on n’a pas le coeur, on n’a pas le temps, d’y attaquer frontalement le grand art.

Pris en charge par les trois mêmes arrangeurs, lesquels ont écrit pour le même “big band” en trempant leur plume dans l'encre la plus saturnienne, les deux compositeurs se retrouvent face à face sur le même territoire, légèrement exilés de leurs terres natales. Territoire inédit fait de blues, de musique contemporaine, de rock alternatif et de muzak.

Il n’y a pas d’histoire, il y a un moment : c’est une minute avant. Avant la catastrophe, avant que l’élégant dandy ne s’écroule sous l’effet de sa cirrhose, avant que la charmante enfant ne jette son bébé à la Seine, avant que l’impeccable capitaine ne déclenche le carnage, avant que le paquebot ne coule. Tout cela très soigné, très mélodique, très dansant. Très digne.

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CAST & CREDITS