ICTUS

Gordon / Billone / Lanza / Appelbaum

Gordon / Billone / Lanza / Appelbaum
2014

Après les cinq expériences « all-over » des Liquid Room au Kaaitheater, ces dernières années, nous proposons à nos amis bruxellois une soirée moins éclatée, plus concentrée — mais en utilisant toujours le théâtre dans ses deux potentialités, celle de l'espace frontal et celle d'un espace circulaire, de plain-pied avec les musiciens. Le programme tournera autour des « instruments d’exception », entre musique, performance et art du son.

La première partie fera découvrir les spectaculaires intonarumori, ces machines à bruit ornées d’énormes pavillons conçues par l’artiste futuriste Luigi Russolo en 1913. Ces engins sonores à manivelles, aux noms magiques — le hululeur, le glouglouteur, le crépiteur, le froufrouteur — si émouvants à regarder dans leur silhouette à la fois futuriste et naïve ( "archéo-utopiques", oserions-nous dire), sont strictement contemporains du manifeste "L'Art des Bruits" (L'arte dei Rumori) du même artiste. En quelques paragraphes exaltés, Russolo pressentait dès 1913 le mot d'ordre qui allait cheminer tout au long du XXe siècle, pour ne rencontrer son application réelle qu'un petit siècle plus tard, au temps des ordinateurs et des logiciels de montage : faire musique de tout. Des compositeurs d'aujourd'hui se penchent à nouveau sur les machines futuristes, reconstituées à l'identique par le luthier vénitien Pietro Verardo ....

Dans les Funerali dell’Anarchico Acciarito, Mauro Lanza (né en 1975) dispose les intonarumori dans l'espace et y ajoute des appeaux à oiseaux, des harmonicas, des sifflets, des coussins-péteurs. Ainsi construit-il une partition bien dans son style, à la fois toute simple, très gestuelle et riche en fantaisie. Il y a toujours une touche de Carnaval médiéval chez Lanza : l'image d'une humanité farceuse, violente et tonitruante qui, un jour par an, est autorisée à mettre toutes les lois cul par-dessus tête.

Deux courtes pièces de qualité "soliste", très corporelles, entoureront ces "Funérailles".
En ouverture de concert, Mani.Mono de Pierluigi Billone, joué par notre nouvelle recrue Tom De Cock, dévoile un étrange rituel pour springdrum (tambour à ressort), accompagné de sons musés que le musicien module en se frappant la poitrine, comme un enfant qui joue aux Indiens. Un beau moment d'intimité.

Plus tard, Aphasia de Mark Appelbaum, pour deux musiciens ou/et danseurs (les noms manquent, désormais), dévoile le versant comique de l'expérience musicale. Les corps en mouvement semblent générer des sons électroniques qui évoquent la chute, le choc, la torsion, le spasme — mais ce sont tout aussi bien les sons qui semblent s'emparer des corps avec violence et les forcer au mouvement. L'hilarante férocité de cette courte pièce soliste, remarquablement transposée en duo par l'ex-PARTS Inga Huld Hákonardóttir et le jeune percussion-hero Adam Rosenblatt, ne rivalise qu'avec un seul maître — l'artiste du XXe siècle qui a représenté le réel du corps humain mieux que personne : Tex Avery.

En seconde partie de soirée, le public montera sur scène et entourera l’ensemble réuni en cercle, pour un tour de force de 50 minutes : Timber du compositeur new-yorkais Michaël Gordon (l'un des co-directeurs de Bang on a Can, un collectif qui incarne la "seconde génération" du minimalisme américain). L'oeuvre consiste en cinq mouvements pour six joueurs de simantra, la percussion rituelle du rite byzantin, faite d’une longue planche de bois frappée par deux baguettes. Aux limites de leurs ressources musculaires, à grands renforts de longs roulements sur les planches, les six musiciens produisent des vagues et des textures mouvantes, qui explorent les sortilèges des rythmes en-phase / hors-phase. Ils construisent de la sorte un paysage sonore granuleux et crépitant, mais somme toute très paisible, qui rivalise aisément avec l’espace de la musique électronique — et à mains nues !

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CAST & CREDITS

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