Sound & Vision (Liquid Room VII)
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Les Liquid Room d’Ictus repensent le format du concert classique : plusieurs podiums, transitions abruptes, amplification et lumière soignées, ambiance de loft. Le spectateur reçoit un petit tabouret en carton avec lequel il est libre de circuler dans l’espace sonore, de choisir son angle d’écoute, d’aller et venir. Le concert est long, le bar est ouvert : c’est un festival en miniature. Ce format autorise une polyphonie des écoutes, de l’écoute « attentive » à l’écoute « immersive », en allers-retours.
Une allumette craque dans la nuit, amplifiée mille fois. Des lumières crépusculaires aident à réentendre le répertoire récent, Sciarrino, Pesson ou Bedrossian. Une installation d’Alvin Lucier — une corde de guitare aux dimensions d’un cable de bateau — se superpose à l’exploration des résonances de tam-tam chez James Tenney. Ula Sickle et Yann Leguay travaillent la stroboscopie lumineuse et sonore. Sound & Vision : en près de trois heures, ce multi-concert fera le point sur les intersections entre musique et performance visuelle. C’est assurément la préoccupation de toute une jeune génération, pour qui le musical — le geste musical — circule désormais entre l’oeil et l’oreille.
De nouvelles alliances s’inventent entre corps musiciens et machines : le séquençage de la lumière, par exemple, devient un paramètre comme un autre de la partition, pour des compositeurs nourris dès l’enfance à l’informatique domestique. D’autres poussent à bout l’ordinateur, la vidéo, la microphonie et introduisent le détournement et l’ironie dans un monde digital qui n’intimide plus personne. Ainsi se construit à tâtons un rapport non-servile à la machine, où le musicien recouvre ses droits et son aisance physique.
Ce concert témoignera également d’un nouveau « nœud » où s’entrelacent étroitement trois questions brûlantes. Les productions de la plus jeune génération de compositeurs tendent à redéfinir un champ musical en extension où coexistent propositions écrites, art sonore, performance, improvisation ; au même moment, se testent de nouveaux modes de présentation, alternatives au concert philharmonique du XIXe siècle ; et enfin, bourgeonnent un peu partout (et tout spécialement en Belgique) des expériences inédites de collectifs musicaux, prêts à éprouver la « corporalité musicienne » dans toutes sortes de situations imprévues.
L’avant-garde nous avait appris à penser de manière quelque peu binaire sous condition d’une histoire linéaire, chaque génération étant suppposée déclasser la précédente. Le modèle ternaire évoqué ici — répertoires, espaces, collectifs — fonctionne plutôt par perturbations successives : quand ça bouge dans l’un des champs, quel qu’il soit, cela affecte le rapport qu’entretiennent les deux autres.
Venez parler aux musiciens après le concert, promis ? Vous trouverez nos adresses emails sur cette page. Bonne écoute !
Jean-Luc Plouvier & Tom Pauwels
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Circulez, il y a tout à voir, Etincelle no.17, IRCAM, 2017
GALLERY



CAST & CREDITS
WORKS
- Yann Leguay
- Dirk Descheemaeker, clarinets, matches, etc.
- Gerrit Nulens, triangle, drum machine, etc.
- Tom Pauwels, guitars, matches, speaker, etc.
- Michael Schmid, flute, matches, bubbles etc.
- Jean-Luc Plouvier, piano, typo, etc.
- Caspar Langhoff, light design
James Tenney: Having Never Written A Note For Percussion,
for amplified tam-tam, 1971
Alvin Lucier: Silver Street Car for the Orchestra, for triangle, 1988
Juliana Hodkinson: Lightness, for three musicans with matches, sand and water, 2015
Ula Sickle & Yann Leguay: Light Solo 1 / Light Solo 2,
for dancer and light system, 2011-2013
Franck Bedrossian: Digital, for double bass, percussion and live electronics, 2003
Michael Schmid : Krachal, installation with water and microphones, 2016
Peter Ablinger: Voices and Piano (uittreksels) for piano and recorded voices, 1988
Alexander Schubert: Sensate Focus, 2014, for ensemble and light, 2014
Gérard Pesson: La lumière n’a pas de bras pour nous porter, for piano, 1994
Kaj Duncan David: 4c0st1ctr1g3r, for TR909 drummachine and light, 2015
Davor Branimir Vincze: Inflected Points for six instruments and ad hoc, 2017
Gordon Monahan: Speaker Swinging for musicians and loudspeakers, 1982
Salvatore Sciarrino: Tre Notturne Brillante, for viola, 1975