Retrouvailles
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Note
pour le public de l'Opéra de Lille
Le metteur en scène Antoine Gindt écrivait un jour de Georges Aperghis qu’il était capable, comme personne d’autre, « d’ouvrir des horizons inespérés de vitalité et d'aisance à ses interprètes ». Rien n’est plus exact ! Les partitions d’Aperghis sont toujours une invitation faite aux musiciens de jouer et de se surpasser, de mâchonner la partition et d’occuper la scène à leur manière. S’il est vrai, comme l’écrivait Jacques Rancière, qu’il n’y a d’intelligence que celle qu’on prête aux autres — alors Aperghis est le plus intelligent de tous !
Il y a comme un primitivisme chez lui, une étrange impression de première fois, de contact avec les débuts du monde et l’invention du langage. Ça babille, ça chante, ça bouge. C’est tout à la fois virtuose, pulsionnel et machinique. Toujours un peu animal, aussi : la machinerie aperghienne interroge avec humour le fait si étrange d’être un « humain », un « individu ». Est-ce si simple ? Sur la scène du théâtre aperghien, chaque corps est traversé de multiples voix. Chacun est beaucoup. Le percussionniste parle, la chanteuse joue, et personne n’est exactement à la place où on l’y attendait.
« Faites musique de tout » : tel a toujours été l’enseignement distillé par l’œuvre d’Aperghis. Tous les personnages mis en scène dans le programme de ce soir sont à la mesure de ce mot d’ordre : le musicien-machine de Mark Appelbaum, cette boule de nerfs qu’on croirait tout droit sortie d’un dessin animé de Tex Avery ; ou le musicien-oiseau de Robin Hoffmann ; et bien entendu les flegmatiques poètes sonores inventés par John Cage, en 1940 déjà…
Si le concert est titré RETROUVAILLES, c’est aussi qu’il renvoie à un événement qui a marqué les mémoires, peu après la ré-ouverture de l’Opéra de Lille en 2003 : l’opéra d’Aperghis Avis de Tempête (2004), visionnaire et déchaîné, écrit pour Ictus quelques années avant la crise des subprimes — vingt ans déjà, et pas une ride ! Sans doute l’écoutera-t-on encore dans cent ans pour décrypter le fol aveuglement d’une époque.
Bonne soirée et bonne écoute ! Et n’hésitez pas à venir nous parler après le concert, si quelque chose vous démange (ou vous irrite) (ou va a plu) (ou tout cela à la fois).
Mai 2024
GALLERY

CAST & CREDITS
WORKS
- Lucas Messler, percussion
Georges Aperghis: Zig Bang,
2004, solo voice, « Presto »
Georges Aperghis: Récitations, 1978,
solo voice, No. 12
Georges Aperghis: Retrouvailles, 2013,
two percussionists
Georges Aperghis: Zig Bang, 2004,
two voices, « Conversation »
John Cage: Living Room Music, 1940,
quartet, No. 1
Mark Applebaum: Aphasia, 2009,
one musician and audio file
Georges Aperghis: Les sept crimes de l’amour, 1979,
voice, percussion and clarinet
Robin Hoffmann: Birkhan Study, 2005,
a musician playing a birdcall
Georges Aperghis: Récitations, 1978,
solo voice, No. 11
John Cage: Living Room Music, 1940,
quartet, No. 2