Rain (Anne Teresa De Keersmaeker)
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RAIN
La première de Rain a eu lieu le 10 janvier 2001, sur la scène du Théâtre royal de la Monnaie, à Bruxelles. Sa chorégraphie est basée sur Music for 18 Musicians, une œuvre composée en 1976 par Steve Reich pour quatre chanteuses, violon, violoncelle, deux clarinettes, quatre pianos et un large ensemble de percussions à claviers (marimbas, xylophones, vibraphone).
Comme dans Drumming, écrit quelques années plus tôt (en 1998) sur une oeuvre du même compositeur, un large groupe de danseurs occupe l'espace selon de complexes mouvements d'ensemble, sans jamais quitter le plateau, et en n'offrant qu'une place très secondaire aux solos et duos. L'obsession de la "grande forme", du "grand flux" et de la continuité est ici exacerbée : en une heure de polyphonique complexe, d'un seul souffle, De Keersmaeker construit son spectacle en observant une intraitable unité de matériel et de style. Sur la pulsation stroboscopique de la musique de Reich, la chorégraphe bâtit un diabolique entrelacs de variations à partir d'un matériel très limité : une phrase d'homme / une phrase de femme. “_Dans Drumming et Rain, « chorégraphie » devient synonyme de « composition intégrale », où le monothématisme et le même travail structurel sont infusés dans l’ensemble des paramètres - le vocabulaire, la syntaxe, le contrepoint, l'organisation spatiale, la durée, et jusqu'à la conception du décor, de la lumière et des costumes - dans la logique du sérialisme intégral tel qu’il s’est déployé de Webern à Stockhausen_” écrit Bojana Cvejić (1).
Drumming et Rain, renoue par ailleurs avec un certain sens de l'excès, un "esprit de dépense" qui avait fasciné le public de Rosas danst Rosas en 1983. Tous deux sont habités d'une virtuosité sauvage et enjouée, d'une joie de danser au bord de l'épuisement, qui s'alimente elle-même en une sorte de vertige. "L’apologie de la profusion et de la dépense par Lyotard, étayée sur l'essor économique des années 1970, semble en contrepied des politiques actuelles d'austérité ; mais les reprises de Drumming et Rain en 2012 nous replongeaient au coeur d’une pensée vitaliste, machinique et libidinale. En nous faisant sentir que la danse est une production d’intensités encapsulées au coeur d’une structure, en attente d'une libération qui se produit lorsque cette structure, telle une machine en surchauffe, se voit soumise à de puissantes forces d’accélération, ces deux spectacles remettent au premier plan la notion de « vivant», dans sa double dimension organique et machinique”, écrit encore Bojana Cvejić (2).
Drumming et Rain ont également ceci en commun d'avoir été chorégraphiés très vite, dans une sorte d'aisance créative que De Keersmaeker ne se connaissait pas (elle parle à ce sujet d'une "moisson subite"). Ils constituent incontestablement un épisode-clé dans le parcours de la chorégraphe ; on oserait presque le nommer aujourd'hui son "moment classique". Près de vingt ans d'expérimentations, de recherche technique et d'amour de la musique s'étaient soudain coagulé dans une vision à la fois utopique et bienheureuse, celle d'un "art de la fugue" du mouvement, en phase avec les nouvelles complexités de notre temps.
En 2011, le spectacle est entré au répertoire de l'Opéra de Paris. Sa chorégraphie n'ayant jamais fait l'objet d'une fixation par écrit, cette entrée fit l'objet d'une grande opération de transmission : les danseurs de Rosas ont enseigné l'oeuvre au corps de ballet de l'Opéra, au prix d'un patient travail de reconstruction. Les musiciens d'Ictus étaient dans la fosse. Ils connaissent l'oeuvre mieux que personne (qu'on veuille bien m'autoriser cette vaniteuse remarque), pour l'avoir jouée des dizaines de fois en concert ou lors des tournées de Rosas, et l'avoir travaillée avec Steve Reich en personne lors des représentations de Rain à New York. En 2024, c'est au tour des danseurs de l'Opera Ballet Vlaanderen de s'approprier cette grande oeuvre, qui semble bien destinée à ne jamais s'arrêter de tourner. L'inarrêtable étant précisément son propos, la conséquence est bonne !
JLP
voir aussi : "Parlons travail", entretien avec AT De Keermsaeker par JL Plouvier
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(1) et (2) : Bojana Cvejić et Anne Teresa De Keermaeker,
Drumming et Rain - Carnets d'une chorégraphe (volume 3), Editions du Fonds Mercator
GALLERY



CAST & CREDITS
CHOREOGRAPHY
Anne Teresa De Keersmaeker
MUSIC
Steve Reich, Music for 18 Musicians (1976)
SCENOGRAPHY AND LIGHTING
Jan Versweyveld
COSTUME DESIGN
Dries Van Noten
DANCERS
New version 2024:
Dancers of Opera Ballet Vlaanderen

MUSICIANS
New version 2024:
Mixed cast with Ictus, Brussels Philharmonic and Vlaams Radiokoor
conducted by Tom De Cock and Gerrit Nulens
SINGERS (from the Vlaams Radiokoor)
Estelle Lefort, Kristien Nijs, Evi Roelants, Sarah Van Mol
PERCUSSION TEAM
(from Ictus)
Miquel Bernat, Anita Cappuccinelli, Tom De Cock, Gerrit Nulens, Ruben Orio
(from Brussels Philharmonic)
Titus Franken, Stijn Schoofs
PIANO QUARTET (from Ictus)
Marlies Debacker, Marina Delicado, Jean-Luc Fafchamps, Fabian Fiorini
CLARINETS (from Brussels Philharmonic)
Midori Mori, Martijn Susla
STRINGS (from Brussels Philharmonic)
Stefanie Van Backlé, violin | Julius Clément, cello
SOUND
Alexandre Fostier,
assisted by Antoine Delagoutte
In Gent and Brugge : Pierre Favrez

READ MORE
Note by Steve Reich about Music for eighteen musicians
Anne Teresa De Keersmaeker :
interview about Rain
(with JL Plouvier, in French)
Video links, 2016
Audio link

ORIGINAL CAST
Rosas dancers : Marta Coronado, Igor Shyshko, Alix Eynaudi, Fumiyo Ikeda, Cynthia Loemij, Ursula Robb, Taka Shamoto, Clinton Stringer, Rosalba Torres, Jakub Truszkowski
Musical direction: Georges-Elie Octors
Percussions: Miquel Bernat, Tom de Cock, Géry Cambier, Michael Weilacher, Jessica Ryckwaert, Gerrit Nulens, Georges-Elie Octors
Piano: Laurence Cornez, Jean-Luc Fafchamps, Stéphane Ginsburg, Jean-Luc Plouvier
Clarinets: Dirk Descheemaeker, Carlos Galvez
Violin: Igor Semenoff | Cello: Geert de Bièvre
Voices: Micaela Haslam, Amanda Morrison, Joanna Forbes L’Estrange, Caroline Jaya-Ratnam, Julia Batchelor (Synergy Vocals)
Premiere in Brussels : Hallen van Schaerbeek, 2002



