Liquid Room VIII : PHRASES
Liquid Room VIII : PHRASES

Nouvelle édition annuelle de notre série Liquid Room au Kaaitheater, un concert-festival transdisciplinaire sur plusieurs podiums.
Le mot « sound » a pris toute la place : ici, un « Festival des Nouveaux Sons », là-bas un colloque sur les « Sons du Futur ». Le mot « musique » semble désormais réservé aux chorales de province. Il n’était pas si mal, pourtant, le vieux mot ! Il désignait cette discipline mentale et charnelle, ce Combat avec l’Ange, où le corps négocie à la dure avec la vibration sonore. La musique est un art martial avant d’être un art des sons. Elle est faite d’élans, de chutes, de trajets, de circuits : appelons ça des phrases.
Le corps qui phrase la musique est tout à la fois humain, animal et machinique. Il faut de la souplesse pour rendre musicale une machine : des ruses très physiques, très animales. A l’inverse, pour imiter le chant des oiseaux ou l’aboiement du chien, il faut s’équiper d’ustensiles et se forger des techniques fort peu naturelles. L’homme, la machine et l’animal s’accouplent dans l’espace musical pour y créer des monstres, comme ces hommes-éléphants à bouche de trompette dans les peintures de Jérôme Bosch (1).
Par ailleurs : chacun a pu observer que les sons les plus insupportables sont désormais admis dans les salles de concert classiques, pourvu qu’ils émanent d’un violon ou d’un hautbois. La modernité a rendu ces sonorités « nobles », au même titre que tout objet évoquant l’écologie profonde : machines à sable ou à vent, galets ou cloches de vaches. Sont restés « vils », par contre : le PC, la ligne de code, le stroboscope, le clip, la radio, l’auto-tune, la boucle — toute cette ordure digitale que les amateurs de Grande Musique regardent de très haut. Mais les jeunes compositeurs reconfigurent aujourd’hui le « noble » et le « vil » en s’amusant beaucoup. Et leur travail suggère ceci : la tâche contemporaine de la musique consiste à traiter tout objet avec la même dignité, pourvu qu’on puisse d’une manière ou d’une autre y connecter son système nerveux — pourvu qu’on puisse le phraser.
Vous nous direz s’ils ont raison, ou non. Nos adresses emails sont faciles à trouver sur ce site.
— Ah oui ! — dernière chose : la salle et le bar restent ouverts durant tout le concert (qui sera très long). Et n’emportez pas les petits tabourets. Bonne écoute !
JL Plouvier, T. Pauwels
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(1) Une image empruntée à notre ami Michael Levinas.
GALLERY

CAST & CREDITS
- Tom De Cock, percussion, decoy-duck
- Dirk Descheemaeker, clarinet, voice
- Caspar Langhoff, light
- Tom Pauwels, guitar, auto-tuned voice
- Jean-Luc Plouvier, keyboards, voice
- Eva Reiter, viola da gamba, voice
- Michael Schmid, flutes