ICTUS
Tom De Cock, Chryssi Dimitriou, Dirk Descheemaeker, Géry Cambier, Jean-Luc Fafchamps, Jean-Luc Plouvier, Miquel Bernat, Gerrit Nulens

Proverbs [at Musica Festival]

Proverbs [at Musica Festival]
2021

Au programme, quatre chefs-d'œuvre du minimalisme du XXe siècle, sélectionnées pour leur qualités introspectives.

Le programme a été composé autour du plus beau chef-d'œuvre de Steve Reich, TEHILLIM, qui clôturera la soirée. Ecrit sur des vers en hébreu extraits des Psaumes de David, regorgeant d'inspiration de bout en bout, Tehillim mêle le legato hypnotique et entrelacé de quatre voix de femmes à la frappe obsédante des tambourins et des claquements de mains. L'œuvre constitue un moment de grâce et une forme d'accomplissement biographique pour le compositeur, qui signe avec Tehillim l'aboutissement de sept ans d'études et de recherche sur ses racines judaïques. La tension entre les boucles rythmiques et la libre invention mélodique, laquelle chante comme jamais, trouvent ici un point d'équilibre magique : gratitude, sereine exubérance, allégresse et fraîcheur, tout cela s'exprime durant plus d'une demi-heure avec une insistance dont on ne trouve aucun équivalent dans les répertoires classique et moderne.

A l'autre bout du spectre, dévoilant un sens moins connu du terme « minimalisme », THE SINKING OF THE TITANIC de Gavin Bryars offre une plongée dans un espace sonore conceptuel et narratif, presque cinématographique, teinté d'humour noir et d'une étrange mélancolie : le compositeur tente d’imaginer comment pouvait sonner l’orchestre du Titanic, d’une impeccable dignité, tout empreint du sens du devoir, continuant imperturbablement de jouer tandis que le paquebot s’enfonçait dans les flots.

La soirée s'ouvre avec THE UNANSWERED QUESTION (1908) de Charles Ives. Cette courte et sublime pièce de 1908, qui capture l'auditeur dès la première seconde, est organisée narrativement comme un véritable « théâtre instrumental ». Un longue série d’accords, très répétitive, d'une lenteur extrême, est attribuée à un orchestre à cordes invisible. Une trompette solo lance dans l'espace, comme un représentant de notre humanité, une phrase en forme de question. Quatre instruments à vent lui répondent par une étrange cacophonie : plus personne ne sait, tout est désorienté. Ce jeu recommence sans cesse. L’oeuvre se termine par une dernière question, laissée sans réponse face au ciel noir.

Petit bijou de simplicité et de justesse d’expression, PROVERB a été écrit en 1995 par Steve Reich pour trois sopranos et deux ténors, accompagnés de deux vibraphones et deux orgues électriques. L’œuvre est inspirée de la polyphonie médiévale et laisse les mélodies se soumettre humblement au texte. Celui-ci consiste en un aphorisme de Ludwig Wittgenstein : How small a thought it takes to fill a whole life ! (Qu'elle est petite, la pensée qui peut remplir toute une vie !). Proverb, en somme, commente en musique la question de Ives qui ouvrait le concert.

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CAST & CREDITS