ICTUS
Igor Semenoff, Tom Pauwels, Jean-Luc Plouvier, Georges-Elie Octors

O Sentimental Machine

O Sentimental Machine
2019

À partir de la musique originale de François Sarhan (avec le compositeur lui-même en pantomime) et des textes de Daniil Harms, l'artiste sud-africain William Kentridge propose un format de 70 minutes, parfait pour les petites ou moyennes scènes de théâtre, entre théâtre musical, film d’animation et installation.

Films d’animation, musique live et pantomimes expressionnistes font saillir avec drôlerie et cruauté les rapports entre le communisme soviétique, la rage scientiste et la modernité artistique. Les trois motifs se rassemblent autour de la figure de « L’Homme nouveau » et de son envers, l’homme accusé et sacrifié. Un abondant matériel musical, visuel et textuel s’entrelace dans la vitesse, l’absurdité métaphysique et le montage pensé comme art du choc, en une relecture du modernisme des années 20. Cet hommage ne cherche à dissimuler ni sa fascination ni son trouble, et se révèle la fois vibrant et intensément mélancolique — quand il n’est pas terrorisé...

Le rapport de l'homme du 20e siècle à la prouesse technologique est mis en évidence, à travers le regard des révolutionnaires russes des années 1920 et 1930. Images « à la manière de » l’art constructiviste ou futuriste... délires scientistes sur la jouissance des femmes... propagande, minutes des procès des purges staliniennes... fantaisies sexuelles autour d'un mégaphone animé et anthropomorphe, séduisant la secrétaire de Léon Trotski... Toutes ces vignettes alternent avec une sélection de poèmes exquis de Daniil Harms. Maître de la dérision langagière, Harms mourra de faim en 1942, interné en hôpital psychiatrique pour cause de « défaitisme ».

François Sarhan a réuni un petit groupe hétéroclite de cinq musiciens jouant d'instruments classiques et d'instruments de mendiants (instruments à cordes "stroh" amplifiés par un pavillon de gramophone) – mais aussi, par moments, d'une collection d'instruments MIDI rétrofuturistes construits par le jazzman français Matthieu Metzger. De cette manière, Sarhan construit un son unique, à la fois séduisant et misérable, utopique et vintage, un style féroce qui semble évoquer quelque cauchemar du jeune Chostakovitch.

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CAST & CREDITS