Interstices [with Amir ElSaffar]
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Chanteur bouleversant, trompettiste de jazz et joueur de santur (sorte de cymbalum d'origine iranienne), Amir ElSaffar tente de tracer son chemin entre l'écriture et la transmission orale. Et nous tentons de le suivre ! Au centre de son travail se trouvent l'apprentissage des échelles micro-tonales, l'usage mélodique qu'en tire le musicien, les affects qu'elles expriment — la langue arabe désignant du mot de maqâm ces trois questions qui n'en font qu'une.
Confronté à la musique des maqâms (dont la tradition traverse les mondes arabe, perse et turc), le musicien de formation occidentale est soudain saisi d'un embarras particulier ; la moindre fatigue, le plus léger doute sur lui-même, et voilà qu'il se sent comme une brute jetée au sein d'un monde en porcelaine.
C'est bien fini — se dit-il alors en secret — c'est bien fini de frapper les notes pour ce qu'elles sont ! Et tes chères extended techniques n'y pourront rien, gros malin !
Total reset : il faut désormais ralentir la lecture, libérer du temps pour l'étude calme, déplier les modes l'un après l'autre, laisser monter une voix infiniment modulée qui sculpte chaque intonation comme au matin du monde. Car le mode est un monde, et un mood : celui du midi n'est pas celui du soir, la louange d'être en vie n'est pas la plainte amoureuse, etc.
Américain d'origine iraquienne, Amir ElSaffar a brûlé ses vingt ans dans l'étude des maqâms. Puis il a traversé beaucoup de musique occidentale : la musique classique et le jazz — surtout le jazz (à écouter : son band Rivers of Sound) . A la trompette comme au chant, la justesse de son phrasé ferait pleurer un caillou.
ElSaffar nous a fait le plaisir d'un séminaire à Royaumont (1), de quelques leçons de maqâms, d'un bouquet de morceaux jetés sur le papier, qui font la part belle au travail des polyrythmes. Sans doute n'y a-t-il pas d'interface automatique entre les mondes, pas de surface massive de transcodage ; émergent pourtant des respirations communes, l'exaltation douce des travaux interminables, la promesse d'un universel possible : des interstices.
JLP
(1)Merci à Royaumont, merci à Fabrizio Cassol.
GALLERY
![Interstices [with Amir ElSaffar] — photo 1](/_next/image?url=%2Fapi%2Fstrapi%2Fuploads%2Famir_elsaffar2_d93fe691d0.jpg&w=3840&q=75)
![Interstices [with Amir ElSaffar] — photo 2](/_next/image?url=%2Fapi%2Fstrapi%2Fuploads%2Fae2_c2a2bbc936.jpg&w=3840&q=75)
![Interstices [with Amir ElSaffar] — photo 3](/_next/image?url=%2Fapi%2Fstrapi%2Fuploads%2Fmaqam_9fd974bb3e.jpg&w=3840&q=75)
CAST & CREDITS
WORKS
Amir ElSaffar trumpet, santur, voice
Dirk Descheemaeker clarinets
Sylvain Devaux oboe, English horn
Tom De Cock percussion, cimbalom
Jean-Luc Plouvier microtonal piano
Igor Semenoff violin
Jeroen Robbrecht viola
Geert De Bièvre cello
Géry Cambier double bass
Alexandre Fostier sound
Amir ElSaffar : INTERSTICES
Resonance
SegahWorld
Chord
HD Blues
Bayat Pent
19
Production Fondation Royaumont.
Coproduction Ictus, Alwan Foundation-Alwan for the Arts.
With the support of Sacem and Fondation Camargo/The Jerome Foundation.
With patronage of KPMG and Groupe ADP.
The Amir ElSaffar's work has been commissioned by Fondation Royaumont.