Wolfgang Rihm : Musik für drei Streicher
Wolfgang Rihm : Musik für drei Streicher

« un grand bloc de musique »
En 1981, paraissait en Allemagne un ouvrage-manifeste promis à un certain succès, très typique de son époque, et qui clôturait en quelques mots la séquence des avant-gardes : _Vers une nouvelle simplicité en musique_, co-signé par Wofgang Rihm. Le nom de ce compositeur allemand deviendra bientôt le synonyme d’un renouveau du lyrisme dans la musique contemporaine ; on parla même à son sujet de « néo-romantisme ». C'est là pourtant une expression qu’il faut immédiatement nuancer : car Rihm, qui n’ignore pas l’histoire, la relit dans une sorte de fureur où s'exprime une distance — et jamais dans la pure mélancolie. Son énergie noire et éruptive, ses références distordues à Schumann ou Mahler, sa fascination pour Antonin Artaud, la simplicité anguleuse de ses oeuvres, la conduite d’apparence improvisée de ses formes et la surabondance de ses idées (plus de 400 oeuvres à ce jour !), tout cela dessine une sorte de romantisme brut et fragmenté, qui autorise à voir en Wolfgang Rihm un frère-en-musique de Georg Baselitz.
_« J’écris ma musique avec mes terminaisons nerveuses, pas avec un stylo »,_ déclarait le compositeur.
Ou encore : _« La musique est un flux de signes posés dans le temps. Je cherche dans la musique non tant un lien logique qu’une vibration entre des signes »._
Ecrite en 1977 - Rihm avait alors 25 ans - sa _Musik für drei Streicher_, (« musique pour trois instruments à cordes ») est le premier chef d’oeuvre d’un artiste précocement parvenu à maturité. Tour à tour frénétique et hiératique, cette longue pièce de 55 minutes, en sept mouvements, convoque irrésistiblement les métaphores de la roche, du minerais, de la lave en fusion. « J'ai la vision d'un grand bloc de musique qui est en moi. Chaque composition est à la fois une partie de ce bloc et une physionomie précise à sculpter. Afin de voir qui je suis, je dois couper dans ma propre chair, m’ouvrir, demander à un miroir ce qu'il voit », écrivait Wolfgang Rihm — et l’on croirait presque entendre parler Artaud.
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