ICTUS
Georges-Elie Octors, Jean-Luc Fafchamps, Igor Semenoff, Geert De Bièvre, Jean-Luc Plouvier, Georges-Elie Octors, Dirk Descheemaeker

Riley (a rainbow...) | Reich (Eighteen musicians)

Riley (a rainbow...) | Reich (Eighteen musicians)
2013

A l’occasion du festival Ars Musica et de son coup de projecteur sur le minimalisme américain, Ictus et le quatuor vocal Synergy reprennent un grand classique où ils excellent, après l’avoir travaillé avec le compositeur lui-même : Music for Eighteen Musicians de Steve Reich (1976). Une texture musicale riche mais cristalline - où s’entremêlent les voix de femmes, quatre pianos, un large arsenal de percussions à claviers et deux clarinettes basses - se transforme graduellement pendant près d’une heure, sur fond d’une irrésistible pulsation stéréophonique.

En après-concert, le même jour, dans la Hall Horta : reprise d’un autre classique du minimalisme, injustement méconnu cette fois : A Rainbow in Curved Air de Terry Riley (1969), petit bijou hippy pour orgues électriques, saxophone soprano et percussion, dont les motifs tournent jusqu’au vertige dans les chambres d’écho.

Terminée en 1976, Music for 18 Musicians est le chef d’œuvre insurpassé de Steve Reich. Toute l’oeuvre (d'une heure environ) se soutient d’un clignotement rythmique stroboscopique, hypnotique et ultra-rapide de claviers, sur lequel se greffent des vagues d’harmonies pulsées par les clarinettes basses, doublées par le "scat" irréel des voix de femmes. Puis : lente montée des rythmes, construction des motifs, surgissement de canons et de textures, donnant à l’auditeur l’impression d’assister à la métamorphose d’un nuage — clarté et rêverie, étroitement emmêlés.

Couvrant la scène : six percussions à claviers (marimbas, xylophones, vibraphones), quatre pianos, un violon, un violoncelle, deux clarinettes basses et un quatuor de voix de femmes - tous amplifiés et mixés. Sans chef, les oreilles grandes ouvertes, les musiciens circulent et passent d'un instrument à l'autre (le joueur de marimba rejoignant un pianiste pour un épisode à quatre mains, avant de prendre le xylophone, etc.).

Triomphe du minimalisme : rien n’est caché, tout est mis d’emblée sur la table, les rythmes, les harmonies et les processus qui les transforment. Et pourtant, l’œuvre garde son secret. Le changement d’une seule note dans l’harmonie sonne comme une modulation bouleversante ; et l’entrée d’un nouvel instrument comme un fabuleux scandale (1). D’où le succès critique et public qui accueillit cette œuvre lors de sa création – contemporaine de l’opéra Einstein on the Beach de Philip Glass – qui signait l’échappée du minimalisme hors du ghetto de la scène underground.

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(1) "Even when all the cards are on the table and everyone hears what is gradually happening in a musical process, there are still enough mysteries to satisfy all." (S.R.)
Même si vous mettez toutes les cartes sur table, et que chacun entend toutes les étapes du processus musical, il y aura toujours assez de mystère pour satisfaire tout le monde.

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