Protocol
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PROTOCOL est la nouvelle collaboration d'A Two Dogs Company / Kris Verdonck et d'Ictus. Il s'agit d'un spectacle de danse pour quatre danseur·euses et trois musicien·nes, qui se donne dans un espace public ou dans une grande salle, au milieu du public.

[Texte de Kris Verdonck]
La réflexion qui sous-tend PROTOCOL est la suivante:
Qui sont les nouvelles divinités de notre époque ? Quelles sont les grandes forces politiques, technologiques et sociologiques de notre temps ?
Le spectacle se veut un rituel qui vise à conjurer les nouvelles divinités et à refaçonner notre réalité chaotique. Le spectacle vise des festivals, les clubs ou tout autre dispositif de fête collective. À l'image d'un véritable rituel au sein du public. Avec lui, nous explorerons la limite à ne pas franchir. Pour l'atteindre, le spectacle déploiera une tension continue durant une heure, où tous les médias – danse, musique, lumière, scénographie – progressent graudellement de zéro vers le climax.
Le beat sera la force motrice de cette construction. La percussion live est combinée à des beats électroniques. La fonction de la percussion, à l'oeuvre dans les formes rituelles comme le théâtre Nô, trouve prolongement dans le rythme de la musique techno qui, depuis les années 90, constitue une forme plus récente de rituel musical, celui d'un monde dystopique en constante accélération.
Combien de temps la tension peut-elle être maintenue ? Quelle ampleur, intensité, pression peuvent être créées et maintenues ?
Dans PROTOCOL, musicien·nes et danseur·ses jouent avec les notions d’anticipation et progression sur la piste de danse. On passe du silence, d'un certain minimalisme, à un climax intense et bouleversant qui ne cesse de croître.
Ce ne sont pas toujours les mêmes dieux qui règnent au ciel, ce ne sont pas toujours les mêmes empires qui perçoivent les impôts dans les villes et les campagnes.
Italo Calvino
Le rituel Hauka de la première moitié du XXe siècle au Ghana et au Niger, tel que dépeint dans le documentaire Les Maîtres Fous de Jean Rouch, constitue l'ine des sources d'inspiration de PROTOCOL. À travers ces rituels, les membres de cette communauté – principalement des Ghanéen·nes et des Nigérien·nes pour qui le contexte urbain et la structure coloniale de la société étaient relativement nouveaux – invoquaient les nouvelles divini!tés de la technologie, de la ville et du pouvoir. Iels s'appropriaient les dynamiques et les positions qui envahissaient leur environnement et commençaient à les reproduire de manière rituelle. Iels imitaient les généraux, les commandants, les bâtiments, la locomotive, les armes, la table ronde, les protocoles du pouvoir... de l'occupant colonial britannique. Les opinions divergent quant à la raison et à la signification de ce rituel, mais celui-ci soulève la question de savoir qui sont les nouvelles divinités aujourd'hui et comment nous pouvons nous positionner à leur égard. Les politicien·nes fous·folles, l'IA, l'ego et le changement climatique formenr déjà d'excellents candidats.
À une époque où le statut des faits et de la vérité est fragile, le terme « dieux·déesses » retrouve de son intérêt. Les concepteur·ices de l'IA ne savent pas exactement eux·elles-mêmes comment elle fonctionne, et pour l'instant, il s'agit surtout de commercialiser des attentes : l'IA est donc une question de croyance. Il en va de même pour les dirigeant·es populistes et autoritaires qui font fi du réel et exigent une croyance absolue, qu'il s'agisse de Trump, Netanyahu, Poutine, Bukele ou Kim Jong-Un.
Le changement climatique est une crise si vaste et si ramifiée que ce n'est pas tant son existence qui est une question de croyance, mais plutôt notre rapport à celui-ci, qui est abstrait et doit émaner d'une conviction. L'individualisme, les réseaux sociaux et le néolibéralisme ont par ailleurs transformé l'ego en une entité divine : nous sommes notre propre dieu·déesse et créons notre propre image.
Dans "Over het verdwijnen van rituelen" (2019), le philosophe sud-coréen Byung-Chul Han retrace l'origine des festivals jusqu'à leurs débuts rituels dans la Grèce ancienne. À l'époque, les festivals constituaient une exception dans le cours régulier de la vie quotidienne, ils formaient une interruption, un intermède distinct pour la contemplation et l'assimilation. Le festival (de musique)/la fête/le club est le contexte idéal pour l’exploration de la place du théâtre, de la danse et de la performance dans notre monde actuel en crise de sens, et ce notamment pour créer un espace partagé avec le public, qui est emporté dans le trip du spectacle. Le DJ et les percussions travaillent en synergie pour créer, à partir du son, une tension et une pression et générer une dynamique : des aspects qui nous sont familiers des soirées en club ou des concerts, mais qui acquièrent ici une autre dimension.
GALLERY



CAST & CREDITS
Concept and stage direction: Kris Verdonck
Dancers
Magdelaine Hodebourg
Robson Ledesma
Elsa Tagawa
Mooni Van Tichel
Ictus
Ruben Orio, percussion
Eva Reiter, viola da gamba, Paetzold flute, voice
Ofer Smilansky, electronics
Dramaturgy: Kristof Van Baarle
Costumes: Mariona Puig & Jorgina Carrera (Maison 113)
Regie: Vincent Malstaf, David Alonso, Maarten De Vrieze
Production: Britt Roger Sas
Production
A Two Dogs Company
in collaboration with Ictus Ensemble
with the support of: Vlaamse gemeenschap, Vlaamse Gemeenschapscommissie (VGC),
Tax Shelter stelsel van de Belgische Federale Overheid via Perpodium
