Zwarter dan Zwart | Plus Noir Que Noir | Darker than black
✕Zwarter dan Zwart | Plus Noir Que Noir | Darker than black
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Un concert fait de courtes chansons d'hier et d'aujourd'hui, comme on disait en des temps à ce point évanouis qu'on se demande s'ils ont existé,
ou si nous avons rêvé — mais qui prouve que nous soyons éveillés ? —,
un concert à deux doigts d'être tout calme, tout simple et tout triste,
si l'on ne sentait pas les musiciens à ce point habités par la passion de l'ornementé, du crépusculaire et du bizarre.
Une voix claire et sans vibrato, une guitare acoustique ou électrique, la viole de gambe toute en nuances d’Eva Reiter — le tout légèrement amplifié — tissent un patchwork de miniatures empoisonnées et succulentes : courtes mélodies douces-amères, ostinati à la Purcell, chansons pop ralenties cent fois, confidences nocturnes…
Quand le temps se fragmente et que le passé ne passe plus.
Acedia : tristesse, dépression. Pour Guillaume d'Auvergne, « l’acédieux a la nausée de Dieu ». Ce tædium dei, ce dégoût de Dieu, constitue le péché des péchés. Selon Giorgio Agamben, l’acedia médiévale peut prendre les visages suivants :
Malitia, amour-haine ambigu et irrépressible pour le bien comme tel, et rancor, révolte de la mauvaise conscience contre ceux qui exhortent au bien ;
pusillanimitas, « petitesse d’âme », effarement scrupuleux devant les difficultés et les exigences de la vie spirituelle;
desperatio, obscure et présomptueuse certitude d’être condamné d’avance, tendance complaisante à s’abîmer dans sa ruine, comme si rien, pas même la grâce divine, ne pouvait assurer le salut ;
torpor, obtuse et paralysante stupeur qui bloque tout geste susceptible d’amener la guérison;
et enfin evagatio mentis, fuite de l’âme en avant, course inquiète de rêverie en rêverie qui se traduit par la verbositas, verbiage proliférant vainement sur lui-même et par la curiositas, soif insatiable de voir pour voir qui se perd en possibilités toujours renouvelées. [Giorgio Agamben, Stanze, 1977]
Allez, bon concert !
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