Pneuma
Pneuma

Tout ici se fait souffle, circulation du souffle, expansion du souffle.
Dans son Deuxième Quatuor à cordes, où il met en jeu d’inédites techniques d’archet, Jürg Frey fait ressembler chaque accord des instrumentistes à un long souffle tonalisé. À cette haleine instrumentale et collective, se mêle bientôt le doux murmure des interprètes, chantant à bas bruit comme on le fait pour soi-même, les nuits de grand calme.
Fil rouge de la soirée : les sonorités irréelles du Breathcore — ce « choeur de souffles » très particulier conçu et animé par Michaël Schmid. Comme celle de Frey, voilà une musique dont on peut dire qu’elle se « répand » plus qu’on ne la projette.
Une oeuvre musicale, note à ce propos Jürg Frey, peut tantôt se penser comme un chemin, avec un point de départ et une direction : ce qu'on appelle un « développement » ; tantôt, par un léger quart-de-tour de notre sensibilité, la musique se présente à nous comme étendue. L'attention de l'auditeur se fixera sur la manière dont quelques sonorités de départ se diffusent dans l'espace et le temps, comme un fluide ou un souffle. La musique s’identifie alors à la rêverie, dont Gaston Bachelard écrivait qu’elle est « un souffle odorant qui sort des choses par l'intermédiaire d'un rêveur ». De même que l’haleine d’Albertine, note Marcel Proust, « tirée plutôt d’un roseau creusé que d’un être humain », évoque le pur chant des anges dans la mesure où elle n’a « ni l’épaisseur de la parole, ni du silence ».
L’épais silence intimide — son immensité suscitant toujours quelque prestige théologique — tandis que le souffle relie. « Souffler signifie être immergé dans un milieu qui nous pénètre, selon la même intensité que celle avec laquelle nous le pénétrons », écrit Emanuele Coccia dans « La vie des plantes ».
Dans ce concert immersif, où chacun choisira sa place et sa position d’écoute, tout sera donc souffle et expansion du souffle. L’accordéon se fait poumon, la flûte larynx. Et même les lumières de Sylvie Mélis (qui signe ici une création faite sur mesure) sont pensées comme des « fuites » de photons, pour reprendre son propre terme, soufflées à travers les interstices de la matière.
Lire plus : [And on it went](https://www.wandelweiser.de/_juerg-frey/texts-e.html#AND) par Jürg Frey, sur le site de Wandelweiser.
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