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James Dillon, Brice Pauset

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James Dillon, Brice Pauset
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Le tout nouveau musée M, à Leuven, présente une vaste rétrospective consacrée à _Rogier Van der Weyden, 1400/1464, Maître des Passions_. C'est dans ce cadre que Mark Delaere, du Festival Transit, a invité deux compositeurs de premier plan à un exercice de contemplation : James Dillon et Brice Pauset.

Erwin Panofsky : _"A partir de 1430, la France n'est plus le foyer artistique majeur. (...) Les princes, les ecclésiastiques et les marchands italiens invitent les peintres flamands et les remplissent d'éloges. La nouvelle piété exprimée par ces oeuvres semblait très différente de l'humanisme italien. Michel-Ange obervait que les tableaux flamands faisaient monter les larmes aux yeux des dévots, essentiellement_ 'des femmes, des jeunes filles, des clercs, des nonnes... qui n'entendent pas grand chose à la véritable harmonie de l'art' _(Panofsky in Les Primitifs Flamands)"._

Les larmes, nous y voilà ! C'est de cela que nous entretient Brice Pauset, dans saméditation sur l'oeuvre la plus célèbre de van der Weyden : _la Descente de Croix._ D'une durée de 10 minutes environ, _Theorie der Tränen : Atem_ est écrit pour un ensemble de dix musiciens.

"Tränen" : larmes. "Atem" : souffle. Pauset remarque en effet que les personnages de cette _Depositio_ ont la bouche entr'ouverte (et non pas fermée, comme c'est l'usage chez van der Weyden) : le souffle passe. Liaison du sanglot et du souffle. Passage des pleurs silencieusement à travers les bouches entr'ouvertes. Toute la musicalité de Pauset est là, dirait-on : une rhétorique raffinée mais coite, un pur mouvement de parole, un bord de la parole que la musique saisit, de justesse.

Grand tryptique de trois quarts d'heure chez James Dillon - le tryptique est son affaire. Dans l'oeuvre de van der Weyden consacrée à la Famille Braque, il repère les annotations, graffiti, _tags_ qui entourent les saintes faces : lorsque le peintre prend le risque de détruire l'unité de l'image (sa texture et son mystère) au profit d'un "sens" pédagogique qui est montré du doigt. On en retrouve la trace dans le premier mouvement du _Leuven Tryptich_ de Dillon (pour onze musiciens) sous forme d'interventions vocales, rumeurs légères, lecture à mi-voix, douce présence d'une "théorie" agissante au sein de l'oeuvre d'art.

Plus explicitement, on croise en cette oeuvre la figure du compositeur Guillaume Dufay (Beersel, 1400-1474), à mi-chemin de l'Ars Subtilior et de la nouvelle _contenance_ expressive renaissante. Par citations directes ou évocations allusives, toute l'oeuvre de Dillon, subtile mais robuste, irradie de cette présence. Le second mouvement, _Depositio_, est évidemment inspiré du même tryptique qui a ému Pauset. Et le troisième, tout aussi bien : Dillon l'a titré _Omnia Vanitas_ - tout est vanité ou, si l'on préfère, "Memento Mori". Le symbole du Memento Mori, on le retrouve au pied de la croix de la _Depositio_, à portée de main de la pleureuse de Pauset...

JL Plouvier

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James Dillon, Brice Pauset — photo 1

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James Dillon, Brice Pauset — Ictus