Trois Contes [Gérard Pesson]
Trois Contes [Gérard Pesson]
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*Faire tous les matins ma prière à Dieu, réservoir de toute force et de toute justice,
à mon père, à Mariette et à Poe*. (Charles Baudelaire)
Trois contes,
trois petits opéras en un acte où, comme des furets, courent et s'entrecroisent des motifs communs — celui de l'étrange et de l'étranger, de l'hyper-sensibilité aux signes, du détail qui change tout.
La Princesse au petit pois commence par l'histoire d'un jeune prince, rentré chez ses parents après avoir couru le monde en quête d'une "princesse véritable", c'est-à-dire d'une femme infiniment sensible. Ce désir exaspéré mais vague ("ce n'est qu'en la voyant qu'on reconnaît une princesse véritable") explose soudain par une nuit d'orage au sein du château familial. On frappe à la porte : c'est elle ! La divine irritabilité de la prétendante est alors mise à l'épreuve par la Reine, qui use pour ce faire d'un subtil stratagème : elle fait dormir la princesse sur vingt matelas de plumes, sous lesquels elle a dissimulé un minuscule petit pois. Morale de l'histoire : l'infini, ça se teste au pieu.
Sur ce schéma narratif tout simple, Pesson et Lescot brodent une série kaléïdoscopique de variations courtes. L'opéra cale et reprend sans cesse du début, explorant à chaque fois une nouvelle piste : désir, hâte, dépression, agressivité, triolisme, tout y passe. Un régal pour l'intelligence, doublé d'une avalanche de citations musicales (de Richard Strauss à Elli Medeiros) détournées et mises en morceaux par un Pesson en sur-régime.
Avec le second acte, inspiré de l’enquête-fiction de Lorenza Foschini sur Le manteau de Proust, le jeu se calme soudainement. Un voile tombe sur les choses. En un long plan-séquence organisé comme un travelling latéral (différentes « vignettes » défilant sur de petits chars mobiles), cet acte sonde le coeur du fétichisme propre à l’amateur d’art infiniment sensible. Orgue à parfums, pétales de roses, livres anciens, manteaux de fourrures, lettres sauvées du feu... L’identification de Gérard Pesson à Marcel Proust vibre au cœur de chaque note de ce mélodrame en clair-obscur, d’une qualité spectrale éblouissante.
Troisième acte : plein feu ! Avec Le Diable dans le beffroi d’après Edgar Allan Poe, Pesson et Lescot se reconnectent à la veine humoristique, en se débarrassant cette fois de toute virtuosité formaliste : la haine romantique du Bourgeois, le dégoût du bon vieux train des choses et le mépris définitif pour toute forme de ponctualité se déchaînent sous la forme d'une bande dessinée en trois dimensions, effrontément grotesque. C'est au diable que reviendra le dernier mot — et l'on se rappellera alors ces mots de Claude Debussy : « Je voudrais détruire cette idée que le diable est l'esprit du mal ; iI est plus simplement l'esprit de contradiction. » Ce qui est infiniment sensible.
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[REVUE DE PRESSE](https://www.ictus.be/contes-press)
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