ICTUS

(but if a look should) April me

(but if a look should) April me
2001

En construisant "April me", sa toute nouvelle création, autour des "Noces" de Stravinski, Anne Teresa De Keersmaeker aborde pour la première fois une véritable musique de ballet et livre une pièce où la danse et la musique se marient à merveille, se passent parfaitement des mots pour nous raconter une histoire éternelle. celle de jeunes gens et de jeunes filles sortant de l'enfance pour découvrir la sensualité, la séduction, l'amour peut-être. (...) Le Soir, page 1, April 5, 2002

Entre les six percussionistes d'Ictus jouant en live et les treize danseurs de Rosas s'établit une alchimie réussie. Un vrai coup de cœur pour cette musique métissée! La Lanterne, April 6, 2002

Beau à pleurer. Les inrockuptibles, May 7-14, 2002

Ce spectacle, qui ne manque pas d'humour, célèbre les épousailles entre sacré et profane et passe comme une bourrasque. On reste abasourdi par l'ampleur du travail, la qualité des interprètes, le petit détail qui tue. Libération, May 13, 2002

La chorégraphe belge, qui cette année célèbre les vingt printemps de sa compagnie Rosas, présente une création de longue haleine, où la danse, d'abord empêchée, se libère au fil d'un désordre d'une rigueur infaillible.
Anne Teresa De Keersmaeker présente (But If A Look Should) April Me au Théâtre de la Ville (1). La chorégraphe éblouit, une fois encore, avec une pièce où danse et théâtre se tricotent à dessein, celui-ci contaminant celle-là, selon le principe des noces forcées. Nous voici plongés de plain-pied dans l'atmosphère des Noces, d'Igor Stravinsky, jouées sur scène, justement, tout autant qu'augmentées par diverses annotations musicales.
Mariage contraint, donc. C'est d'abord une question de décor. Constitué de planches et de tables jetées pêle-mêle sur scène, le lieu s'avère davantage prévu pour une représentation théâtrale que pour un spectacle de danse. Vraie salle des fêtes à la toiture effondrée. Les treize interprètes de Rosas vont tenter d'évoluer au milieu des décombres. Tous déboulent des gradins, le rire aux lèvres, les mains chargées de présents (fleurs, bouteilles d'eau, planche à repasser et machine à laver) pour des noces improbables. Au vu de tant d'objets, au sol ou dans les bras de chacun, on se dit qu'il n'y aura pas de danse. (But If A Look Should) April Me fera place nette, au fil d'un nettoyage orchestré par chacun, durant toute la durée du spectacle. On déblaye, on jette, on range à tour de rôle. Cette activité fébrile et théâtrale entend construire un espace pour la danse. Contre toute attente, le théâtre se met au service de la danse. Celle-ci se déploie, diminuée par mille accidents. Elle prend corps depuis son propre empêchement, sous l'espèce de deux danseuses aux seins nus et en jupe plissée. Ces dernières se meuvent entre les obstacles arbitrairement imposés, évoluent à l'étroit, dans un coin du plateau, en regard l'une de l'autre. Dès lors, ce sont moins les corps que la barre des cintres, posée au sol ou tendue à cinquante centimètres des planches, qui oriente l'espace de la danse, son développement. Ce principe n'aurait certes pas déplu à Trisha Brown, dont Anne Teresa fut l'élève. Puis un danseur, très vif-argent, prend le relais, lui aussi vêtu d'une jupe et le torse nu. Il habite cette surface en connaisseur, se glisse sous les tables, s'adapte aux lieux. La musique - indienne - est jouée par l'ensemble Ictus, placé à vue en fond de scène. La pose des mains, rebiquées, des pieds de profil, de tout le corps enfin, participe d'une construction schizophrène de l'anatomie, scindée entre la tension primesautière des gestes, propres à la chorégraphe, et la danse-théâtre rituelle de l'Inde, basée sur la pantomime. Les gestes se modifient avec l'entrée en force des percussions : musique rugueuse, sonorités de grand chantier, constituées du tintements des enclumes et du bruit de métal des clous frappés. Si deux ou trois interprètes poursuivent le grand ménage - de printemps -, le sifflement du fouet rassemble bon nombre de danseurs au centre de la scène.
La danse en grand fait enfin son entrée. On n'y croyait plus. Nulle finasserie de la part de la chorégraphe, mais une maîtrise du temps travaillé à la lime. L'écho des peaux de tambours se lit à même les jambes et les torses qui en constituent comme la prolongation visuelle. Sauts, torsions, spirales, déséquilibres, tensions. Les figures, tentées par une centralité, s'en échappent en un grand chahut des corps, qui se replient vers des formes en marge. Tout comme les doigts, sur les tambours, font résonner les sons sur toute la circonférence de la peau, les danseurs d'Anne Teresa De Keersmaeker évoluent du centre (introuvable) vers le bord, selon une combinatoire compliquée. La beauté surgit de cette esthétique quasi mathématique, qui se dilate et se contracte, en mille écarts subtils. Exit en grand l'espace classique. C'est la désorientation elle-même que l'on suit des yeux, non sans des instants d'exacte jouissance, faite de coïncidences entre ce que l'on voit et ce que l'on désire. Les corps, plus que jamais ici, semblent s'aimanter l'un l'autre, comme deux billes de métal. La chorégraphe construit pierre à pierre le mouvement concentrique imposé à ses interprètes, au fil d'une rondeur des trajectoires servie par un neuf vocabulaire lyrique.
Après un court entracte, les noces forcées de la danse et du théâtre reprennent leurs droits. Les costumes illustrent, comme au théâtre, la fonction de chacun. Il y a des demoiselles d'honneur en robe rouge et chaussures blanches à talon aiguille ; des garçons vêtus de costards noirs endossés à même la peau ; deux fiancés en habit couleur crème. Le théâtralisme de la fête en cours est progressivement contaminé par la danse. L'aigu des chants, certains le miment. Le lyrisme du rythme, on le singe sur scène en glissant sur les tables, le cou tendu. L'impureté des gestes consiste non pas à raconter la fête, mais à montrer l'hystérie des voix. Théâtre et danse se disent des aménités. Anne Teresa De Keersmaeker poursuit son décloisonnement des codes. Et si (But If A Look Should) April Me débutait par du théâtre, au fil d'un décor désastré, la pièce s'achève sous les mêmes auspices. C'est au théâtre, donc, que revient le sale boulot de conclure. Cependant, toute narration disparaît pour laisser place à des actions paniques, lesquelles comptent à rebours le temps restant : deux danseurs empileront, durant dix bonnes minutes, la cinquantaine de planches qui obstruaient l'espace des débuts de la représentation. Une femme, de dos, essaye l'une après l'autre des dizaines de robes. Ces actions créent leur propre temps. D'autres, anecdotiques, agissent sourdement sur le public, qui se réveille en douceur de sa fascination médusée.
La pièce, errante, s'englue dans sa propre immobilité. Il ne reste bientôt plus que deux danseurs, assis sur des caisses, dans ce qui ressemble aux coulisses d'un théâtre. Dos au public, ils se font spectateurs d'un match de foot joué sur un petit écran posé devant eux.
L'action s'expatrie. La pièce touche à sa fin. Un flash d'information arrache le spectacle à la vie, sous l'espèce d'images de Yasser Arafat, séquestré à Ramallah.
Muriel Steinmetz, L'Humanité, 8 mai, 2002

GALLERY

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CAST & CREDITS

  • Jan Versweyveld, Set & light design
  • Geert Peymen, Assistance
  • Inge Büscher, Costumes
  • Renaud Person, Copiist
  • Caroline Wagner, Assistance
  • Alioch Van der Avoort, Assistance electronics
  • Pascale Gigon, Rehearsal director
  • Luc Galle, Technical director
  • Patrick Martens, Production manager
  • Kristof Van Dijck, Lighting
  • Frank Vandezande, Lighting
  • Daniëlle Maes, Coaching sign language