ICTUS
Jean-Luc Fafchamps

Almost nothing is better than nothing

Almost nothing is better than nothing
2014

Presque rien, c'est mieux que rien

Université de Lille 1, Espace Culture : cycle "Le Secret"
Concert-conférence

Qu’on le veuille ou non, qu’on s’en défende ou non, il nous est impossible de penser la musique sans que nous vienne quelque allusion au monde de la parole. Cela nous révolte, car nous aimerions toucher sa pure essence, faite de forces, de flux, de chocs vibratoires ; mais c’est plus fort que nous : dans toute musique — ou presque — nous entendons des questions et des réponses, des plaintes et des cris de joie, des murmures, des colères. Toujours allusifs, cependant : « ça parle », mais on ne sait pas exactement de quoi. En ce sens, la musique est par excellence l’art du secret. Un secret que rien n’épuise et qui déborde tous les commentaires.

Certaines musiques affirment et triomphent. D’autres semblent vouloir creuser le problème et dire en secret la question du secret elle-même. Il n’y a plus que ça : du blanc, des trous, des échos, du lointain, une poésie de la distance et de l’incomplétude. Toute une religion sans dieu dont Debussy reste le prophète et le saint.

Jean-Luc Fafchamps, plusieurs fois primé pour ses interprétations de la mystérieuse musique de Morton Feldman — le grand Sphinx de l’école de New York — a préparé un concert-conférence qui fait scintiller la question du secret en musique. Les plus belles oeuvres murmurées de son répertoire du XXe siècle, courtes et allusives comme des poèmes japonais, il en déroulera le collier sans nous en donner les titres. Nous les écouterons comme si elles s’inventaient sous ses doigts, anonymes, encore toutes trempées du silence dont elles émergent. Puis il les reprendra en les accompagnant de quelques mots. Non pas pour dévoiler le secret de la musique — qui le pourrait ? — mais, patiemment, d’une voix douce, pour en longer les bords.

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